LE FAX DU 11 JANVIER 1994 EMIS PAR LE GENERAL DALLAIRE Un faux grossier utilisé par l’ONU, certaines puissances et le TPIR pour tenter d’établir la thèse du génocide planifié au Rwanda.

GENERAL DALLAIRE
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  1. Rappel des faits.

Lorsque l’avion du Président Habyarimana fut abattu, certains médias tentèrent d’accréditer la thèse selon laquelle les Hutus extrémistes du camp Habyarimana avaient abattu l’avion pour commettre le génocide contre les Tutsis. Le Président Habyarimana étant « modéré », il fallait qu’il disparaisse pour que les Hutus  effacent l’ethnie tutsie du territoire rwandais. Pour eux, prétendent les détracteurs, l’assassinat du président était un prétexte pour commencer le génocide des Tutsis. Et pour que cette thèse soit crédible, l’ONU, le TPIR et certaines puissances de ce monde ont évoqué le fax du 11 janvier 1994, émis par le général Dallaire à New York et qui parlait d’un plan de massacre des Tutsis.

  1. Le télégramme du 11 janvier 1994 a-t-il existé ?

Oui. Mais il avait un contenu différent qui n’avait rien à avoir avec le plan de massacrer les Tutsis. Le Représentant Spécial des Nations Unies à la Minuar, Jacques Roger Booh Booh se plaint du fait que Dallaire a ignoré son autorité en tant que chef de la Minuar et préféré envoyer ce message à son compatriote le général Baril, travaillant au Département de Maintien de la Paix. Cela a été clairement exprimé devant le TPIR le 16 février 2010 où Booh Booh qualifie l’attitude des deux généraux canadiens de tribaliste. Il s’en plaint également dans son livre « Le Patron de Dallaire parle. Révélations sur les dérives d’un général de l’ONU au Rwanda », à la page 91. Il n’a été tenu au courant que par le message de Koffi Annan, alors chef du Département de Maintien de la Paix, qui lui demandait de mener les enquêtes, uniquement sur les caches d’armes. Il ne fut jamais question d’enquêter sur le plan de massacrer les Tutsis. Par son fax à Baril, Dallaire demandait à New York l’autorisation d’attaquer les prétendus lieux de caches d’armes, ce que New York avait prudemment refusé. Koffi Annan estimait que la recherche et la saisie des armes relevaient de la compétence du gouvernement rwandais avec l’assistance de la Minuar si  nécessaire. Le mardi 16 février 2010, Jacques Roger Booh Booh a témoigné devant la Chambre III du TPIR dans le dossier 98-44-T de Karemera et autres. Voici comment il s’exprime : « Ce télégramme ne se référait pas aux Hutus qui vont tuer chaque seconde 1000 ou 2000 ou 3000, je ne sais pas. On ne m’a pas demandé d’enquêter sur cet aspect des choses. Je ne sais pas d’où est venue cette histoire. Et quand on allait chercher le fameux télégramme du général Dallaire, on ne le trouvait pas aux Nations Unies. » Et il poursuit à la page 17 de son témoignage : « Donc on part de l’idée que c’est cet informateur qui a pu mettre en branle toutes les Nations Unies dès lors qu’il dit qu’on allait exécuter des milliers de Tutsis toutes les secondes. Vous voyez comment c’est léger. Donc pour le moment, je crois que toute la lumière sera faite sur de tels problèmes, quoi. » 

  1. Existe-t-il un autre télégramme envoyé de Kigali le 11 janvier 1994 sur le même objet?

Non. Le fameux télégramme portant la mention de tuer les Tutsis n’a pas été reçu au Secrétariat des Nations Unies à New York. C’est ce qui ressort de la lettre de Ralph Zacklin, Conseiller juridique du Secrétaire Général, datée du 27 janvier 2003 et adressée à Maitre Robinson, Avocat de la Défense au TPIR. Ce télégramme n’a pas été envoyé le 11 janvier 1994, ni transmis à partir  de Kigali, ni par Dallaire. Il s’agit de la manipulation du vrai fax du 11 janvier 1994 auquel on a ajouté les mentions de tuer 1000 Tutsis en 20 minutes. Le paragraphe 6 de  ce faux télégramme indique que les Interahamwe peuvent tuer 1000 tutsis en vingt minutes. Voilà donc la phrase magique qui devait établir la planification du génocide des Tutsis par les Hutus. C’est la raison qui a entrainé la condamnation de plusieurs Hutus au TPIR, avant que la manœuvre ne soit découverte. Les recherches entreprises par les avocats de la défense, principalement Maîtres Peter Robinson, Tremblaye, Erlinder et Black, ont établi que ce télégramme a été déposé au Secrétariat des Nations Unies, en 1995, soit une année après les événements, dans les circonstances décrites dans les lignes qui suivent. Pour comprendre les raisons de cette tricherie, il faut retourner en l’année 1994.

  1. Les motifs et l’époque de la manipulation

Après la prise du pouvoir par le FPR, les représentants de son gouvernement ont continué à prétendre que selon le général Dallaire, le gouvernement précédent avait planifié le génocide des Tutsi. Shaharyar Khan, représentant du Secrétaire général des Nations Unies à Kigali a alors désigné une équipe ayant pour mission d’éplucher toutes les archives du Rwanda, de mener des enquêtes, en vue d’établir s’il y a eu planification du génocide. Le 18 novembre 1995, donc plus d’une année après les événements, la mission d’enquête a rendu son  verdict. Par son rapport L000 5011 du 20 novembre 1995, Shaharyar Khan a signalé à New York que l’équipe d’enquête avait conclu qu’il n’y avait ni informations ni indications sur la planification d’un génocide au Rwanda.  Une telle conclusion a dû semer la panique dans le camp des soutiens du FPR et qui avaient lancé le mensonge de la planification. Le 28 novembre 1995, soit huit jours après le message de Sharyar Khan, un message fax, fut réceptionné  aux Nations Unies. Il portait la date du 11 janvier 1994. Le préposé aux archives, Lamin J.SISE indique et signe ce qui suit sur la copie délivrée aux avocats de la Défense : This cable was not found in DPKO files. The present copy was placed in the files on 28 November 1995. »[1] L’affirmation de ce préposé est suffisante pour prouver la fausseté de ce document. Mais poussons nos constatations plus loin. Ce message a été émis le 27 novembre  à partir du fax n° 0127625210 d’un colonel de l’armée britannique du nom de Richard Michael Connaughton, habitant à Camberley, Surrey où se trouve l’Académie militaire de Sandhurst. Le rôle de ce militaire  avec les Nations Unies et le TPIR reste un mystère. Ce message n’était accompagné d’aucune explication. D’après l’ouvrage de Patrick Mbeko, ce faux fax a été introduit aux Nations Unies par Richard Prosper, de nationalité américaine, alors procureur auprès du TPIR, avec probablement l’aide d’Alison Desforges.[2] Avant que les Avocats de la Défense n’entament les recherches auprès du Secrétariat des Nations Unies, ce fax a permis au TPIR de condamner certains accusés sur base de la planification affirmée par ce faux fax de Dallaire.

  1. Résumons
  1. Il n’y a pas eu deux fax du 11 janvier 1994. Il y a eu un seul, mais qui ne parlait pas du plan de tuer les Tutsis. Celui-ci n’était pas utile, ni politiquement, ni judiciairement, dans la mesure où il ne parlait pas du plan de génocide.
  2. Le second fax, faussement attribué à Dallaire à Kigali et qui parle de tuer 1000 Tutsis en 20 minutes est une manipulation ultérieure du premier et introduit au Secrétariat général des Nations Unies en date du 27 novembre 1995 et enregistré le lendemain le 28 par Lamine SISE, qui a noté que le fax en question n’a jamais été reçu auparavant, ni enregistré par le Secrétariat des Nations Unies. Le rôle de ce fax était de prouver qu’il y avait eu planification du génocide au Rwanda. Par son silence alors qu’il connait la vérité, Dallaire s’associe pleinement à ce nuisible mensonge.

La découverte de cette supercherie entraina des conséquences sur la poursuite des procès devant le TPIR.

  1. Le procureur Webster, de nationalité américaine, a rayé Dallaire de la liste des témoins dans le dossier de Karemera et consorts. Son rôle principal était d’affirmer que le 11 janvier 1994, il avait transmis à New York un fax qui signalait le plan conçu par les Hutus de commettre un génocide contre les Tutsis. Avec la découverte de la supercherie, il risquait de se rendre ridicule.
  2. Le TPIR abandonna la planification telle que suggérée par le faux fax de Dallaire. Par sa décision du 16 juin 2006, la Chambre d’Appel mit fin aux débats en décidant par constat judiciaire qu’il y a eu génocide au Rwanda. Le fax dont le but était de prouver l’intention de commettre le génocide fut ainsi contourné. Et pourtant il incombait au procureur de fournir les preuves de l’intention de commettre un génocide contre les Tutsis. Le constat judiciaire l’a dispensé de cette rude tâche. Il a également mis fin à l’usage du fax manipulé du 11 janvier 1994 qui ne reste qu’un outil entre les mains des individus et médias nocifs ou retardataires.

Pour mieux comprendre le problème du fax du 11 janvier 1994

    Plusieurs auteurs ont écrit sur cette question d’une façon magistrale. Il est utile de lire leurs ouvrages pour mieux comprendre les intrigues de la communauté internationale, principalement à l’égard des accusés du TPIR.

 

  • Maître Black, de nationalité canadienne. Il est parmi les avocats qui se sont battus pour la manifestation de la vérité en ce qui concerne le faux fax du 11 janvier 1994. Il a écrit beaucoup d’articles sur internet.
  • Edouard Karemera : Le drame rwandais, les aveux accablants des chefs de la Mission des Nations Unies pour l’Assistance au Rwanda. Editions Sources du Nil, 2006, particulièrement les pages 57 à 79 ainsi que les annexes. Une analyse complète et approfondie de la question.
  • Patrick Mbeko : le Canada et le pouvoir tutsi au Rwanda, spécialement les pages 103 à 110.
  • Charles Onana : Les secrets de la justice internationale, Editions Duboiris 2005, pages 257 et suivantes.

 

[1] Ce câble n’a pas été trouvé dans les dossiers du DPKO. La présente copie a été versée dans les archives le 28 novembre 1995.

[2] Patrick Mbeko, le Canada et le pouvoir tutsi au Rwanda, éditions l’érablière, 2014, page 108.

Me Jean Jacques KABORE

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3 Responses to LE FAX DU 11 JANVIER 1994 EMIS PAR LE GENERAL DALLAIRE Un faux grossier utilisé par l’ONU, certaines puissances et le TPIR pour tenter d’établir la thèse du génocide planifié au Rwanda.

  1. Rwanda dit :

    La vérité est tenue … Elle vient lentement mais malgré les obstacles Elle finie par triompher … L’Avenir nous montrera beaucoup sur l’histoire caché du Rwanda …

    Ceci nous montre qu’il y a de l’espoir dans l’avenir

  2. Samuel dit :

    Ouvre le lien qui suit et tu sauras que le genocide des tutsis qui vivaient au Rwanda en 1994 était bel et bien plannifié!!

    http://www.therwandan.com/fr/dupuis-se-trompent-fort-le-genocide-des-tutsis-etait-bel-et-bien-planifie-avant-cette-date-fatale/

    ok

  3. Samuel dit :

    Ouvre le lien qui suit et tu sauras que le genocide des tutsis qui vivaient au Rwanda en 1994 était bel et bien plannifié!!

    http://www.therwandan.com/fr/dupuis-se-trompent-fort-le-genocide-des-tutsis-etait-bel-et-bien-planifie-avant-cette-date-fatale/

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