Communiqué n°136/2017 : Rwanda : Le Malawi doit refuser toute déportation de réfugiés Hutus

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Le Centre de Lutte contre l’Impunité et l’Injustice au Rwanda (CLIIR) vient d’apprendre qu’une forte délégation rwandaise séjourne au Malawi pour négocier la signature d’un Accord intergouvernemental sur l’échange de personnes poursuivies par la justice des deux pays (guhererekanya abaregwa ibyaha).

En effet, cette délégation rwandaise est spécialement chargée d’obtenir l’extradition des personnes accusées par le régime rwandais.

En réalité il s’agit, pour le régime Kigali, d’obtenir un droit de déportation des réfugiés Hutus qui ont survécu aux massacres commis par les militaires rwandais en RDC (République Démocratique du Congo). Ces réfugiés se sentent aujourd’hui menacés par la signature de cet accord.

Chronologie des faits :

  1. Mi-décembre 2016, un ancien réfugié hutu devenu commerçant et ayant la nationalité malawite, Monsieur Vincent MUREKEZI, a été arrêté et emprisonné à Lilongwe, capitale du Malawi, suite aux accusations de génocide portées à son encore par le gouvernement rwandais. Après son arrestation, d’autres commerçants, à la solde du gouvernement rwandais, l’ont accusé en plus d’avoir détourné les impôts dus au fisc malawite. Le gouvernement rwandais a exigé son extradition pour qu’il soit jugé au Rwanda, pays où les magistrats sont terrorisés et sous les ordres du seul chef de l’Etat, le président rwandais Paul KAGAME
  2. Mardi le 14 février 2017, Monsieur Vincent MUREKEZI a été acquitté du crime de génocide grâce aux arguments de sa défense. Les voici : Premièrement, M. Vincent Murekezi était en possession d’un passeport rwandais qu’il avait obtenu à l’époque où il travaillait pour les autorités rwandaises. Ces dernières l’avaient chargé de déstabiliser les autres réfugiés cibles du gouvernement rwandais et d’organiser la diaspora rwandaise dans ce pays. D’ailleurs plusieurs réfugiés se sentant menacés ont fui le Malawi à cause de Murekezi. Deuxièmement, il n’y a pas d’accord d’extradition entre les deux pays. Lorsque les autorités rwandaises ont appris qu’il sera acquitté, elles se sont dépêchées pour venir au Malawi et proposer un accord d’extradition. Seul le Rwanda est intéressé par un tel accord parce qu’il n’y aurait pas des citoyens du Malawi au Rwanda, selon nos informations.
  3. Du lundi 13 février au mardi 14 février 2017, l’ambassadrice du Rwanda pour les deux pays : la Zambie et le Malawi (ayant son siège en Zambie), Mme Monique MUKARURIZA a séjourné au Crossroads Hotel à Lilongwe pour préparer, semble-t-il, la mission d’une délégation conduite par la Ministre des Affaires Etrangères du Rwanda, Mme Louise MUSHIKIWABO dont on ignore la date d’arrivée au Malawi. La communauté des réfugiés rwandais, très inquiète, a tenté de suivre cet événement.
  4. Jeudi le 16 février 2017, la Télévision du Malawi a annoncé que des pourparlers se déroulent entre les autorités du Malawi et une délégation rwandaise conduite par la Ministre Louise Mushikiwabo. Les négociations devront continuer lundi le 20 février 2017. Connaissant les capacités de manipulation et de corruption du gouvernement rwandais, les réfugiés rwandais sont vivement préoccupés par cet accord d’extradition qui ne vise qu’à les déstabiliser pour mieux les rançonner comme c’est le cas déjà au Mozambique.

Antécédents : C’est tous les réfugiés Hutus qui sont visés dans le monde.

Le gouvernement rwandais n’a jamais cessé de pourchasser les réfugiés Hutus survivants dans les pays d’accueil. Ces derniers temps des délégations rwandaises ont été envoyés dans plusieurs pays africains notamment au Mozambique, au Congo Brazzaville, en Uganda, etc.…

L’objectif principal du régime rwandais c’est de contrôler, rançonner et terroriser ces réfugiés en déportant certains d’entre eux qui ont réussi à se faire une situation dans ces pays d’accueil.

En effet, certains sont bien débrouillés et devenus des commerçants, des professeurs ou des fonctionnaires nationaux et/ou internationaux tandis que d’autres ont trouvé du travail qui leur permettent d’être à l’abri du besoin.

Tous ceux-là qui ont des moyens financiers sont soumis aux fortes pressions du Rwanda pour qu’ils puissent donner de l’argent destiné aux nombreux fonds maffieux créés au Rwanda et dont on ignore les modalités de gestion : le Fonds Agaciro, le Fonds Ishema, les cotisations forcées du Front Patriotique Rwandais (FPR), parti qui monopolise le pouvoir, etc…

En plus, ces réfugiés subissent des pressions pour s’enrôler dans la « diaspora rwandaise » pour mieux les contrôler, les terroriser et leur soutirer de l’argent qui est acheminé vers le Rwanda. Ces réfugiés, devenus des « vaches laitières » sont à la merci du régime rwandais lorsque des Accords d’extradition sont signés avec les pays qui hébergent ces réfugiés.

Quant aux mandats d’arrêt et dossiers judiciaires envoyés par le Rwanda, la plupart des accusations ne sont pas crédibles, puisqu’ils sont confectionnés par les Services de Renseignements Militaires (Directorate of Military Intelligence) chargés d’organiser la « Chasse aux Intellectuels Hutus » (Voir le témoignage du Lieutenant Abdul RUZIBIZA en annexe).

Recommandations : Le CLIIR recommande instamment :

  1. Que le Gouvernement du Malawi refuse de signer le moindre Accord visant à déporter les réfugiés rwandais vers le Rwanda pays où il n’a pas de justice sereine et équitable ;
  2. Que le Gouvernement du Rwanda cesse la chasse aux réfugiés Hutus et particulièrement la « chasse à l’intelligentsia Hutu » constituée d’intellectuels et de commerçants ;
  3. Que les communautés de réfugiés rwandais de chaque pays d’accueils mettent en place des Associations des exilés rwandais capables de les représenter et de négocier avec les autorités de ces pays d’accueil en vue de se défendre contre un régime massacreur et menteur. Les massacres de réfugiés Hutus à Kibeho (au sud centre du Rwanda) en avril 1995 ainsi que les massacres de réfugiés Hutus en République Démocratiques du Congo (RDC) entre 1996 et 2003 sont des éléments de preuves sur les persécutions ethniques dirigées contre les survivants Hutus des crimes de génocide commis au Rwanda et dans les pays limitrophes du Rwanda.

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Extrait du livre du Lieutenant Abdul RUZIBIZA, page 262 à 263

Dans son livre de 494 pages, publié en octobre 2005 aux éditions Panorama et intitulé « Rwanda : Histoire secrète » dans les pages 262-263 : Ce militaire tutsi de l’armée du Front Patriotique Rwandais (FPR) reconnaît que sont armée a mené la chasse aux intellectuels et à l’intelligentsia Hutu dans la ville de Kigali à partir du  13 avril 1994

« Depuis cette date, les unités se sont partagées les tâches à Kigali.

Le 3è bataillon, le plus expérimenté dans la ville, a reçu la mission de protéger les dirigeants politiques du FPR, d’approvisionner en munitions le 59è mobile, le 101’ et Alpha mobile.

L’autre tâche importante était celle de délivrer les dirigeants politiques encore vivants dans le camp adverse et que le FPR escomptait utiliser après la prise du pouvoir. Hormis certaines personnes qui devaient être délivrées, aucun plan de secours pour les tutsis n’a été mis en place.

Le 3ème bataillon était au courant du massacre des Tutsis à l’ETO (Ecole Technique Officielle de Kicukiro) qui n’était pas loin mais il n’est jamais intervenu. Des massacres identiques se sont déroulés au Centre Christus de Remera, rien n’a été entrepris pour les arrêter.

Pire encore, à Kimihurura, il n’y eut aucune intervention pour sauver les Tutsis massacrés au centre des Frères césariens (salésiens), tout près des positions des militaires du 3è bataillon de l’APR (Armée Patriotique Rwandaise).

L’autre tâche, accomplie par le 3è bataillon, la DMI et les extrémistes du FPR, a été la sélection et l’enlèvement de Hutus partout où ils étaient faits prisonniers par l’APR dans la ville de Kigali.

Ils étaient raflés pour être liquidés par la suite. Cette tâche a été accomplie par des gens qui connaissaient bien la ville de Kigali et par les politiciens protégés par le FPR.

C’est le capitaine Charles KARAMBA, le capitaine Jean Damascène SEKAMANA, le sergent Déus KAGIRANEZA et les autres agents de renseignement qui ont établi des listes de Hutus à tuer sous le prétexte qu’ils étaient des Hutus instruits ou avaient des familles influentes. La tâche était facile parce qu’ils prenaient des renseignements auprès des familles tutsies réfugiées au CND ou au stade Amahoro à Remera. Parmi ces civils, on peut citer GATETE Polycarpe, Paul MUVUNYI, Jean Marie MUNYANKINDI, Théoneste MUTSINDASHYAKA et particulièrement Tito RUTAREMARA, qui avait vécu à Kigali un certain temps, et encore d’autres.

Les plus hauts dirigeants, comme Tito RUTAREMARA, qui ne connaissaient pas beaucoup de politiciens dans la ville de Kigali demandaient des renseignements à ceux qui connaissent la ville, comme Deus KAGIRANEZA, pour désigner ceux qui devaient être tués. Je citerai par exemple le cas d’Emmanuel BAHIGIKI qui avait été secrétaire général au ministère du Plan et dirigeait le Centre IWACU[1].

Le motif de son assassinat fut d’avoir déclaré être en possession d’une liste d’au moins cent personnes assassinées par l’APR (Armée Patriotique Rwandaise) dans la zone tampon pour avoir refusé de suivre l’idéologie du FPR (Front Patriotique Rwandais), ainsi que des dirigeants locaux élus par la population qui refusaient l’allégeance au FPR. Son assassinat a été commandité par le capitaine Charles KARAMBA ».

Texte retranscrit fidèlement par MATATA Joseph, Coordinateur du CLIIR

[1] Le Centre IWACU était une ONG d’appui aux groupements et entreprises associatives.

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