RWANDA: L’histoire du génocide doit être réécrite

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« S’il s’avérait que c’est le FPR qui a abattu l’avion, l’histoire du génocide devra être réécrite. Bien que cette situation n’atténue en rien la responsabilité des extrémistes Hutus dans la  mort de centaines de milliers de personnes, elle ferait apparaître le FPR sous un jour nouveau. Le FPR a été jusque-là considéré en Occident comme victime et comme celui qui a mis fin au génocide. »

Qui parle ainsi ? Carla Del Ponte, encore dans sa fonction de procureur du Tribunal pénal international pour le Rwanda (TPIR), qui fut contrainte de démissionner parce qu’elle avait justement eu l’outrecuidance de vouloir enquêter sur les crimes de Kagame?

Une attitude de simple bon sens qui s’appuyait sur le rapport du 28 juin 1994 du rapporteur spécial des Nations unies et de la Commission d’expertsmise en place en vertu de la Résolution 935 de 1994, René Dégni Segui, l’homme qui a été à l’origine du TPIR etplus généralement à la source de la vérité officielle sur latragédie rwandaise. Lequel écrit en effet : « L’accident survenu le 6 avril 1994 et qui a coûté la vie au président de la République rwandaise, Juvénal Habyarimana, semble bien être la cause immédiate des événements douloureux et dramatiques -que connaît actuellement ce pays […].

L’attaque contre l’avion présidentiel doit être examinée par le rapporteur spécial dans la mesure où il peut y avoir des liens entre ceux qui l’ont commanditée et les responsables des massacres. Ainsi les premières conclusions du juge Bruguière obligent-elles tout observateur impartial à une relecture approfondie de l’histoire du Rwanda depuis 1990, date de l’attaque militaire lancée par Kagame contre le pays des Mille Collines. Elles suggèrent une réévaluation complète du rôle de son acteur principal, mais aussi de ceux qu’il a désignés comme complices du génocide, à savoir l’Église catholique et la France.

Il apparaît d’abord que dans la ultime de sa stratégiede conquête du pouvoir, Kagame a planifié l’attentat, donc planifié aussi sa conséquence directe: le génocide des Tutsis perpétré en représailles. Le président actuel du Rwanda porte en effet la très lourde responsabilité de la mort de millions d’Africains et d’incroyables souffrances pour des millions d’autres. Il s’agit bien entendu d’abord, sur la période qui court entre 1990 et 1994, du massacre d’environ un million de Rwandais – toutes ethnies confondues – et du déplacement de quelque deux millions d’autres.

Mais le martyre des Hutus ne s’est pas arrêté avec l’installation du FPR à Kigali, le 17 juillet 1994. A l’intérieur du Rwanda, le régime de Kagame a persécuté, tué, humilié, rééduqué, enfermé les Hutus réduits au statut d’Untermenschen. Et il a considéré ceux qui s’étaient réfugiés au Zaïre – devenu depuis République démocratique du Congo -comme des génocidaires à éradiquer. Il a ordonné le massacre de centaines de milliers de Hutus sans défense parqués dans des camps, puis, sous le fallacieux prétexte de – -traquer des « génocidaires » qui menaçaient son régime, il a instrumentalisé Laurent-Désiré Kabila pour renverser Mobutu, mais surtout mettre la main sur les richesses du Kivu et du Katanga et augmenter sa zone d’influence, tout en provoquant la mort de quelques centaines de milliers de personnes supplémentaires.

Depuis le passage de ces nouveaux barbares, la République démocratique du Congo hoquette. Peut-on encore ne parler que du génocide des Tutsis alors que, depuis 1990, le nombre des Hutus assassinés par les policiers ou les militaires obéissant aux ordres de Kagame est bien supérieur à celui des Tutsis tués par les miliciens et les militaires gouvernementaux? Ainsi celui qui est en réalité le plus grand criminel de guerre -vivant et en exercice est-il salué comme un chef d’Etat respectable par la communauté internationale.

L’apprenti dictateur n’a donc pas hésité à abattre l’avion du chef de l’État qu’ilvoulait remplacer, sachant pertinemment qu’il allait ainsi déclencher de terribles tueries visant notamment les gens de sapropre ethnie. Hitler? Staline ? Pol Pot? Non, Kagame, tout simplement, qu’un jour l’Histoire, lorsqu’elle aura déchiré le voile des manipulations, rangera parmi la catégorie desmonstres sanguinaires.

Un monstre capable d’exploiter à son profit la tentative de génocide qu’il a sciemment déclenchée. En somme, un Führer qui serait devenu directeur de YadVashem, le musée de la Shoah.. . Du haut de «sa » montagne d’ossements, le voici qui dispense verdicts et leçons de morale à la planète entière.

Kagame a bénéficié d’une cécité collective qu’il a suscitée grâce à d’efficaces relais. Pendant que tous les veilleurs occidentaux des droits de l’homme diabolisaient un Habyarimana censé organiser le massacre des Tutsis, les soldats de Kagame commettaient des exactions plus importantes encore, mais loin des journalistes et des caméras. Quand des universitaires et des journalistes droits-de-l’hommistes installaient dans l’opinion publique l’existence de prétendus « escadrons de la mort » dirigés par Habyarimana, le FPR montait des attentats terroristes que tout le monde attribuait aux escadrons de la mort ».

Les messieurs Bons sentiments ne voyaient pas que leur idole recherchait à tout prix la guerre civile, essayant de provoquer des massacres pour prendre le pouvoir. Paul Kagame a été le grand ordonnateur de cette tragédie. Après l’attentat, le régime Kagame a laissé volontairement les miliciens hutus « nettoyer » le pays. Plus incroyable encore,il a fait croire que les Hutus qu’il a fait massacrer en grand nombre étaient des Tutsis, avant, une fois au pouvoir, de pourchasser les survivants, installés dans des camps. C’est enfin le même Kagame qui a fait ériger des fours crématoires pour faire disparaître les cadavres.

La vérité qui aurait dû s’imposer est à la fois sinistre et simple : le régime de Kagame est beaucoup plus ethniciste que ne l’a été celui d’Habyarimana. On comprend mieux aujourd’hui pourquoi ceux qui ont accepté de jouer le jeu de ce personnage n’ont guère assuré une grande publicité à l’avancement de l’enquête du juge Bruguière qui est en train de faire la lumière sur cet attentat. Les découvertes du juge bousculent en effet l’histoire « politiquement correcte » que Kagame et ses supporters ont réussi imposer.

Car en même temps qu’ils faisaient parler les armes autour de Kigali, le chef de d’Etat et ses stratèges se sont déployés sur un autre front de la guerre moderne : l’information. Les guerres se gagnent aujourd’hui autant au missile et au bazooka que sur l’écran médiatique. La guerre de conquête de Kagame passait par la séduction d’humanitaires et de militants de gauche. Convaincus de son intégrité, ils sont restés silencieux lorsque le juge Bruguière a fini par démonter la mécanique de l’attentat du 6 avril 1994, tout comme ces staliniens restés incrédules aumoment de la publication du rapport Krouchtchev. La vérité sur le crash du Falcon 50 dérange, perturbe tous les Messieurs Bons sentiments habitués A pourfendre la « Françafrique», concept aussi dépassé qu’il est abondamment utilisé pour fustiger la prétendue politique néocoloniale de la France. Sous les préaux d’école, dans les maisons de la Culture, l’association Survie, qui rassemble plusieurs regroupements, inculquent des assistances crédules moult contre-vérités sur la France, ses autorités, son armée et François Mitterrand.

Non content d’avoir aidé les milices à accomplir leur «sale besogne », ce dernier est vilipendé pour avoir imposé l’opération Turquoise : des soldats français auraient ainsi honteusement protégé les miliciens aux machettes encore dégoulinantes du sang des Tutsis – ceci pour dissimuler les preuves de l’engagement de Paris aux côtés d’un tyran nazi noir nommé Habyarimana.

Pour rendre leur thèse inexpugnable, les défenseurs inconditionnels de Kagame ont déployé un « plan com » redoutable : assimiler ceux qui contestaient leurs thèses aux révisionnistes qui nient la réalité des chambres à gaz ou le nombre devictimes de la Shoah. Pour disqualifier ceux qui doutent de la moralité de l’actuel président rwandais, le président de Survie n’a pas hésité à parler de « négrophobie ».

Ainsi s’est peu développé un redoutable usage rhétorique du vocabulaire et du corpus d’analyses engendrés par la Shoah. En somme, puisqu’il y a eu génocide, il y avait forcément des nazis, des tortionnaires… et, dans la foulée, un lot de révisionnistes. Quiconque émettait quelques doutes sur la version « kagamiste » des événements s’exposait être à son tour range dans le camp des néofaurissonniens. L’aveuglement de ces militants pro-FPR va les conduire encore beaucoup plus loin.

Les voici regroupés : ils se sentent investis de la mission de traquer de prétendus «  génocidaires », de trouver des faux témoins pour les faire comparaître enjustice, en tout cas, leur faire perdre leur réputation, leur travailou leur visa.. . Ils constituent une génération d’ « idiots utiles » dont le comportement finit par ressembler à celui d’agents d’une puissance extérieure. A leur côté, des dizaines de journalisteset de représentants des médias qui ont gobé la désinformation distillée par Kagame. En fin de compte, le dossier rwandais a engendré la création d’un réseau de manipulation de l’opinion, allant du staff de Kagame jusqu’aux militants locaux en passant par les ONG et les journalistes. Un petit monde, redoutablement efficace grâce Internet, a instauré une sorte d’imposture humanitaire d’autant plus efficace qu’elle utilise les carburants du cœur et de la compassion pourse frayer un chemin dans les consciences. Sous l’œil bienveillant des stratèges de l’Empire pour lesquels l’affaiblissement de la France en Afrique reste un objectif prioritaire.

Pierre Péan, Noires fureurs,blancs menteurs.Rwanda 1990-1994. Editions MILLE ET UNE NUITS. Pages 18-23.

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One Response to RWANDA: L’histoire du génocide doit être réécrite

  1. Serweza Mathias dit :

    Léxample des Harkis en Algerie devrait laisser de lecons aux Tutsi du Rwanda:
    En effet lorsque le FLN se battait pour la liberation de l´algerie certains algeriens avaient choisi de se ranger du coté du colonisateur francais. on les a appelé des HARKIS. Le FLN a gagne líndeendance et la liberation de lÁlgerie. Que s´est il passé des Harkis?. Les francais sont partis laissant les harkis parmi les leurs( algeriens). Ceux-ci etant consideres comme des collabo pendant la colonisation et etant rejetté par leurs anciens maîtres n´avaient pas où aller. Les francais ne voulaient pas d´eux en France, et les algeriens liberés non plus. Aujourd´hui un immigré clandestin en Algerie a plus de droit qu´un Harki. je ne souhaite pas ce sort aux Tutsis quand le Rwanda sera liberé. Mais à eux de faire le choix. Il n´est pas trop tard.

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