LE MOT PATRIOTIQUE DANS FPR INKOTANYI ET SA BRANCHE ARMÉE APR

La condition
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Certains mots et concepts divisent la société rwandaise en deux groupes rivaux. Le peuple du pays de mille collines traditionnellement est regroupé en trois pôles: les hutu, les tutsi et les twa. Et selon les détenteurs du pouvoir public actuel, il y a au sein de la population les vrais patriotes et d’autres ne les sont pas. Historiquement les opposants à la monarchie dans les années 50 et 60 du siècle dernier étaient considérés comme l’ennemi du pays, on les a prêtés d’être au service du colonisateur. Signalons que la cour royale avait tant bien que mal collaboré avec l’envahisseur à la peau blanche. Idem pour les deux mouvements politico-militaires tutsi ; les Inyenzi et les Inkotanyi étaient accusés à tort ou à raison d’être aux ordres des communistes. L’ennemi de la mère-patrie est supposé être un étranger ou de connivence avec une puissance étrangère.

En général les mots tels que: Patriotique (Patriotisme), libération (liberté) et ennemi du pays sont employés dans le cadre d’un conflit entraînant l’implication d’une puissance étrangère, envahisseur et impérialiste. Dans une guerre entre les citoyens d’un même pays on s’attendrait plutôt à des notions de justice, d’égalité et de restauration du droit et aussi de la légitimité. D’où la question pourquoi le mot Patriotique dans FPR/APR INKOTANYI?

Dans le subconscient rwandais l’intégration des populations hutu dans le royaume Nyiginya-tutsi sous forme des serfs a eu pour conséquence la remise en cause de la pleine citoyenneté des uns et des autres. Pour les hutu, les tutsi sont des envahisseurs et pour les tutsi le sang versé pour conquérir les territoires voisins a racheté la pleine citoyenneté, la terre et la domination des peuples vaincus (hutu). Le royaume Nyiginya-tutsi a été constamment en perpétuelle expansion territoriale au détriment des pays voisins jusqu’à l’arrivée de la période coloniale européenne 1894. Au passage du fait de la colonisation, le Rwanda a perdu 1/3 de son territoire.
Dans cette dynamique des conquêtes dans l’esprit collectif rwandais l’ennemi du pays était l’étranger, les peuples à soumettre. Le subconscient des Inkotanyi fonctionne toujours avec la même logique d’antan où les uns ont perdu leur pleine citoyenneté.

La révolte ou la guerre civile signifie YANZE I RWANDA arashaka urupfu (ne veut plus du Rwanda, il a des envies de mourir) c-à-d. Celui qui se rend coupable d’une telle entreprise déchaîna contre lui la répression impitoyable du roi. D’où le nom inyangarwanda. Clairement yanze I Rwanda veut dire mourir dans tous les cas de figure y compris la mort naturelle sans pour autant signifie la collusion avec l’étranger. Dans une guerre civile utilise le terme ennemi du pays, patriotes, patriotisme, Patriotique est abusif car cela suppose que l’adversaire est d’un autre pays, et/ou de collusion avec l’étranger. Dans cet angle de vue, le mot Patriotique va dans le même sens qu’ennemi du pays. Les Inkotanyi prétendent aimer la nation et les partisans d’autres mouvements politiques eux sont des traîtres, l’aiment moins ou sont des étrangers.

Le Rwanda a recouvré son indépendance le 1er juillet 1962 perdu en 1885 à son insu avec la conférence de Berlin sur le partage de l’Afrique entre les puissants coloniaux d’alors. Suite au nouveau vent de liberté en Afrique dans les années 50 et 60, L’africanisation ou la rwandisation de l’administration de l’état et son armée se sont faites progressivement. À telle enseigne que lorsque les exils tutsi ont ouvert les hostilités à partir de l’Ouganda le 1er octobre 1990, le Rwanda était dirigé par les siens. L’histoire veut que; au lendemain des indépendances en Afrique, l’aristocratie tutsi ait promptement exigé l’indépendance tandis que les leaders hutu eurent pour priorité la résolution du problème hutu-tutsi. Les hutu cherchent l’égalité, la restauration des droits fondamentaux et la justice dans une société longtemps dominée par les tutsi. Dans ce contexte aux yeux des aristocrates tutsi et leurs descendants aujourd’hui au pouvoir les hutu étaient et sont de collusion avec l’étranger et peu patriotes. Et pourtant c’est avec l’aide des puissants étrangers que le FPR/APR Inkotanyi a saigné la mère-patrie sans concessions. Ce fut le cas avec l’Unita en Angola. Pour Savimbi et ses compagnons l’indépendance de l’Angola n’était pas totale.

Ce mot Patriotique divise la population rwandaise en faisant passer les uns pour des traîtres et les autres pour des sauveurs de la nation. Au-dessus des autres revendications politiques des Inkotanyi, la libération totale du pays était à achever.

Le 04 juillet 1994, le FPR/APR Inkotanyi a pris le pouvoir au prix du sang abondamment versé au bout d’une guerre civile de prés de 4 ans. Et chaque année, le 04 juillet est la journée de la libération. Qui a été libéré et aux mains de qui? Avec le retour des exils tutsi il est courant d’attendre dire que le pays a retrouvé les siens. Puisque le pays était aux mains des hutu rwandais ces derniers sont supposés être les envahisseurs. Les hutu ont eu le même raisonnement une fois que la révolution de 1959 avait été consommé. C’est une remise en cause de la pleine citoyenneté. Une fois encore il s’avère qu’avant la révolution de 1959, il n’y a jamais eu d’autres relations entre hutu-tutsi que le servage et les hutu n’avaient pas la pleine citoyenneté. Et les tutsi étaient vus comme envahisseurs.

Avec la victoire militaire du FPR/APR Inkotanyi si elle en est une, l’égalité entre rwandais est loin d’être chose acquise. L’injustice est monnaie courante. Les valeurs d’antan ont été restaurés: l’insécurité juridique (Paul Kagame a dit qu’il dispose des textes de loi à lui en parallèle de la législation officielle (une justice à deux vitesses)), l’expropriation des terres, la taxation élevée (les tributs), le travail sans payé (la raquette des employeurs est du même genre que le travail de serf), l’impunité…
le Rwanda est un des pays producteurs des réfugiés politiques. Le régime de Paul Kagame brandit les valeurs traditionnelles (la culture rwandaise) incompatibles avec la réalité de notre époque contemporaine pour forger la nation. Où est notre siècle de lumière? Le FPR Inkotanyi rejete l’islam, le Christianisme et la démocratie au nom de la lutte contre l’idéologie du génocide. Si on se base aux dires de Tom NDAHIRO et les siens la démocratie est synonyme de la gouvernance hutu. Et au nom des solutions endogènes la société piétine sur place!
La société rwandaise reste divisée en deux et menace d’implosion une fois encore. Le Patriotisme des Inkotanyi a rejeté une grande partie de la population rwandaise et l’a exposé à l’insécurité dans leur propre pays. L’anarchie intellectuelle des rwandais en général est l’une des causes du désordre politique et ses conséquences en matière de pertes humaines.

Le vrai patriotisme pour qu’il se réalise dans notre chère patrie à tous hutu-tutsi-twa, permettez-moi de faire un détournement des paroles du Christ, il faudra aimer son pays, de tout son cœur, de toute son âme, et de toute sa pensée. Et il faut aimer ses compatriotes comme soi-même. Ainsi de cette façon chacun pourra vivre dans le pays de ses ancêtres (hutu-tutsi-twa). Un autre détournement cette fois-ci de la parole de Dieu Lui-même: Lévitique 26: 5-7.

A peine aurez-vous battu le blé que vous toucherez à la vendange, et la vendange atteindra les semailles; vous mangerez votre pain à satiété, et vous habiterez en sécurité dans votre pays. Je mettrai la paix dans le pays, et personne ne troublera votre sommeil; je ferai disparaître du pays les bêtes féroces, et l’épée ne passera point par votre pays. La dignité humaine avant la prospérité matérielle.

Remarquez que la condition pour avoir le blé (pain), la paix est le respect des textes de la loi. De toutes les façons les pauvres il y en aura toujours. Au loin, les guerres et les maladies aussi.
En guise de conclusion, sans la fraternité sincère personne ne sera en mesure de mettre en pratique le respect de notre arsenal juridique quelque soit le régime en place. La conséquence sera les inégalités devant la justice, la limitation de nos libertés et un notre cycle de violence. La condition sino qua non pour atteindre le stade de fraternité est le dialogue inclusif.

Jean UWIZEYE

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