Lettre ouverte à Monsieur Jean Kambanda, Ex-Premier ministre du gouvernemtement intérimaire, dit « gouvernema y’abatabazi » du Rwanda par Alfred-Musema Uwimana

jean kambanda
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« La vérité c’est nous les rwandais qui la détenons, et non ces soi-disants experts occidentaux qui ne font que défendre leurs intérêts en dissimulant leurs forfaits. Ayons le courage de dire la vérité et rien que la vérité sur ce qui s’est réellement passé au pays des mille collines à partir de la date fatidique du 06 Avril 1994. »

Cher Monsieur

Ce dimanche 25 juillet 2004, dans cette cour de la prison de la Maison Centrale d’Arrêt de Bamako, je vous ai dit ce que je pensais quant à vos négociations en cours avec le Procureur pour votre témoignage devant le TPIR. J’aimerais simplement par la présente vous confirmer ce que je vous disais et je le fais par écrit pour que vous puissiez l’insérer éventuellement dans vos archives. Bien entendu, ce ne sont que quelques lignes mais j’espère pouvoir résumer l’essentiel :

« Aujourd’hui vous ne voulez négocier avec le Procureur du TPIR, qu’en voulant jouer un rôle « de la vérité sur le Rwanda » que vous auriez dû jouer bien avant. Vous avez accepté le 08 avril 1994, d’être nommé Premier ministre du gouvernement intérimaire, votre premier rôle était de veiller à la sécurité des Banyarwanda, vous n’avez rien fait. Là dessus, vous le reconnaissez et vous avez dit : « oui, je devais protéger la vie de tous les banyarwanda, c’est vrai j’ai échoué et je suis responsable et je le reconnais ».

Vous avez alors non seulement une dette envers les banyarwanda, mais aussi envers toute l’humanité d’expliquer comment le génocide a été planifié et exécuté ; qui sont les vrais coupables qui ont collaboré avec vous, puisque « vous avez plaidé coupable ». Souvenez-vous de ces milliers de morts, à l’intérieur du Rwanda, dans les forêts de la République Démocratique du Congo (ex- Zaïre) ! Votre conscience devrait vous guider à plus d’humilité. La vérité sur cette tragédie ne doit pas être dite sous « vos conditions », mais plutôt sous les conditions et les intérêts de tous les banyarwanda et de l’humanité entière. Vous devez assumer enfin vos responsabilités de dire devant un Tribunal international ce qui s’est réellement passé. N’allez pas au-delà de ce que vous ne connaissez pas en essayant de vous imaginer des scènes, des situations ; vous risquerez alors de tomber dans les labyrinthes de l’amalgame, de la globalisation, des ouies dires et des rumeurs qui ne peuvent que fausser la vérité et faire plus de tort que de bien.

Au cours de votre procès en Première Instance et en Appel, vous avez choisi le silence. Ce silence a fait condamner des milliers d’innocents même à la mort. Combien d’innocents croupissent dans les prisons « mouroirs » du Rwanda, combien d’innocents sont enfermés dans la prison onusienne ou condamnés et transférés par le TPIR, combien d’innocents vivent traqués sous la menace d’être les victimes de la délation arrêtés et emprisonnés ? Il est plus que temps. Ce n’est pas à vous d’imposer une seule tactique, il vous revient simplement d’être conscient de l’objectif que vous voulez atteindre : la vérité pour l’intérêt de tous les banyarwanda, hutu, tutsi et twa. Prenez les opportunités qui s’offrent à vous. Ce que vous dites des fois dans des causeries à l’intérieur des murs de cette prison, allez le dire dans un Tribunal public, international, où la loi et le droit vous seront opposés et vous défendront s’il le faut également. Ce ne sont pas non plus vos déclarations dans les Journaux locaux de Bamako qui changeront ce qui a été jugé, car cet axiome de l’ancien droit est toujours en vigueur : « res judicata, pro veritate habetur : la chose jugée est tenue pour vérité

Si vous croyez réellement que vous avez été un chef en second d’une nation, et que vous en êtes fier et digne, vous devriez accepter même de vous sacrifier jusqu’à la mort pour le salut de cette nation. Le président de la République, Dr Sindikubwabo Théodore, votre chef est mort ou probablement assassiné par les siens dans les forêts du Zaïre. Vous étiez son Premier ministre. Qui donc serait plus responsable que vous du drame rwandais ? L’argument que le TPIR doit d’abord arrêter les présumés responsables du FPR ne vaut pas pour vous quant à reconnaître votre responsabilité et vous acquitter de votre devoir envers les rescapés d’un drame qui n’en finit pas.

Le Tribunal a son système de jeu, vous l’aviez vous-même constaté à plus d’une reprise pour avoir collaboré étroitement avec le Procureur notamment à Dodoma, à La Haye. Vous n’avez pas été toujours le grand perdant puisque vous avez réussi à obtenir des avantages statutaires et la protection pour votre famille aux USA. Pensez un moment qu’il y a beaucoup de familles rwandaises, qui n’ont rien à se reprocher et qui errent sur tous les continents à la recherche d’une terre d’asile sans la trouver parce qu’ils sont hutu, donc tous génocidaires. Parce qu’ils sont les enfants de personnes figurant sur des listes de présumés génocidaires. Parce qu’ils sont les enfants ou membres de familles des innocents emprisonnés au TPIR ou au Rwanda, sur dénonciation abusive. Parce qu’ils ont le tort d’avoir été là au mauvais moment. Et voilà bien 10 ans que ça dure ! Ne croyez-vous pas que le temps est venu de dire ceux avec qui vous avez réellement collaboré pour exécuter ce génocide? Que le temps est enfin venu de libérer les innocents et de décharger notre descendance et les générations futures du poids monstrueux d’être des fils ou des filles de génocidaires !

Et quand bien même les responsabilités pénales de ceux qui ont planifié et commis le double attentat terroriste du Président rwandais Habyarimana Juvénal, et du président burundais Cyprien Ntaryamira ainsi que leurs délégations et l’équipage de l’avion Falcon 50, auront été établies par un Tribunal, vous même ayant pris la charge et dirigé le gouvernement intérimaire, vous resterez toujours pleinement responsable de vos actes à partir du 08 avril 1994.

J’avais proposé au colonel Théoneste Bagosora de vous rejoindre lorsque vous comparaissiez devant le Tribunal à Arusha. Bagosora devait alors témoigner sur les « 3 jours qui ont fait basculer l’histoire du Rwanda, c’est-à-dire les 7, 8, 9 avril 1994 » et vous, Jean Kambanda, vous deviez témoigner sur la période qui a suivi. Le colonel Théoneste Bagosora n’a fait que rire devant ma proposition parce qu’elle le gênait ; vous même, vous vous êtes tu devant la cour. Voilà deux silences complices. Si vous persistez à ne dire la vérité que moyennant des conditions personnelles, puissiez-vous plutôt continuer à garder le silence, car cette vérité achetée au poids et mesures, n’en sera pas une ; Le sentiment noble et le courage vous guideront certainement vers d’autres voies.

En vous souhaitant tout le meilleur pour l’avenir,

Alfred Musema-UWIMANA

Fait à Bamako, le 26 juillet 2004

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One Response to Lettre ouverte à Monsieur Jean Kambanda, Ex-Premier ministre du gouvernemtement intérimaire, dit « gouvernema y’abatabazi » du Rwanda par Alfred-Musema Uwimana

  1. Butare dit :

    Vous ne pouvez continuer à effacer les commentaires au lieu de répondre ou supprimer cette article de propagande du FPR , rédigé par un de ces infiltrés du MRND bien connue , Alfred MUSEMA. On va vous dénoncer dans d’autres plateformes plus publique , et épreuve à l’appui. INTABAZA est dévoilé un Journal des Intore et un outil de propagande de FPR/RPF inkoramaraso. Il faut retirer cet article avant que ça soit tard.

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