LE PRINCE DE NICOLAS: TOUCHANT CE QUI REGARDE LE PRINCE PAR RAPPORT À LA MILICE.

LE PRINCE DE NICOLAS MACHIAVEL
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CHAPITRE 14.

Un Prince doit donc n’avoir point d’autre objet, d’autre penser, et ne prendre aucune chose à cœur, SI CE N’EST L’ART DE LA GUERRE ET LES RÈGLES ET DISCIPLINES QU’IL COMPORTE. C’EST LE SEUL ART QUI INTÉRESSE CELUI QUI COMMANDE ; IL EST D’AILLEURS SI CONSIDÉRABLE, QU’IL PEUT SEUL MAINTENIR LES PRINCES SUR LE TRÔNE, ET Y FAIRE MONTER QUELQUEFOIS DES PARTICULIERS. Au contraire, on a souvent vu des Souverains perdre leur couronne pour avoir préféré la mollesse aux fatigues de la guerre. Ainsi, la connaissance de cet art peut seule vous maintenir, comme LE SEUL MÉPRIS QUE VOUS EN AUREZ PEUT VOUS PERDRE. (Mureme Kubwimana Bonaventure ibi arabizi ?

François Sforza, avec le seul esprit des armes, devint Duc de Milan, de simple particulier qu’il était ; et ses descendants, pour avoir négligé la guerre, retournèrent dans la bassesse. Car sans compter les autres inconvénients que produit l’ignorance de la guerre, tout Prince qui est sans défense est exposé au mépris : C’est ce qu’un Souverain doit éviter par-dessus toutes choses, comme nous le prouverons plus loin. La différence est extrême entre un Prince armé et celui qui ne l’est pas ; LA RAISON MÊME SEMBLE DÉSAPPROUVER QU’UN HOMME EN ARMES OBÉISSE DE BON GRÉ À CELUI QUI EST DÉSARMÉ, ET QUE CE DERNIER SOIT EN SÛRETÉ AU MILIEU DE SERVITEURS AGUERRIS. Ceux-ci méprisent leur maître, qui de son côté vit en méfiance avec eux : ces différentes dispositions d’esprit font bientôt naître la mésintelligence. En un mot, un Prince qui ne connaît point l’art de la guerre ne peut être estimé de ses troupes, ni se fier à elles. Que jamais donc un Prince ne néglige l’art de la guerre, et qu’il s’y appliqué même plus fortement en temps de paix, ce qu’il peut faire de deux manières : PAR LA THÉORIE ET PAR LA PRATIQUE.

À l’égard de la pratique, il faut, premièrement, tenir les sujets dans une bonne discipline et dans de fréquents exercices ; il faut encore que le Prince s’exerce souvent à la chasse, et par ce moyen, endurcisse son corps à la fatigue ; il apprendra à connaître la nature des sites ; il se formera la vue à juger des hauteurs, des vallons et des plaines ; il se rendra habile à juger de la disposition des rivières et des marais. Quand il se sera bien appliqué à se rendre savant dans toutes ces choses-là, il en tirera deux avantages. LE PREMIER SERA DE CONNAÎTRE FORT BIEN LA SITUATION DE SON PROPRE PAYS, ET PAR CONSÉQUENT, DE QUELLE MANIÈRE IL EST PLUS AISÉ DE LE DÉFENDRE. LE SECOND SERA, QU’ETANT ACCOUTUMÉ À JUGER LE PAYS À LA VUE, IL ACQUERRA LA FACILITÉ DE CONNAÎTRE PLUS PROMPTEMENT CEUX QU’IL N’AURA JAMAIS VUS. Car les collines, les vallées, les plaines, les fleuves et les palus qui sont dans la Toscane sont faits comme ceux des autres provinces : et si l’on juge bien des uns, il sera facile de bien juger des autres. Tout Prince ne s’est pas formé à cela, manque de la première qualité nécessaire à un capitaine ; CAR ELLE ENSEIGNE À SURPRENDRE L’ENNEMI, À INSTALLER LES CAMPS, À RÉGLER LES MARCHÉS D’UNE ARMÉE, À LA BIEN RANGER EN BATAILLE, ET À INVESTIR LES PLACES AVEC AVANTAGE.

Philopoemen, Prince des Achéens s’est acquis une grande réputation dans l’Histoire, principalement pour s’être attaché à étudier la guerre en temps de paix. Quand il cheminait par la campagne avec ses amis, il s’arrêtait souvent et leur demandait : Si l’ennemi se rencontrait à présent sur ces hauteurs, et que nous fusions ici avec nos troupes, qui des deux partis aurait l’avantage ? De quelle manière pourrions nous aller vers lui avec sûreté et en gardant bien nos rangs ? Si nous étions obligés de faire retraite, par où faudrait-il commencer ? Si l’ennemi la faisait, comment ferons-nous pour le poursuivre ? Ainsi, en se promenant, il leur proposait tout ce qui peut survenir à une armée en marche ; il écoutait leur sentiment, il leur disait le sien, et l’appuyait de bonnes raisons. À force d’étudier tous les différents événements, il en avait acquis une telle habitude, qu’il n’en pouvait survenir aucun à la guerre qu’il n’eût prévu en temps de paix, et auquel il ne fût en état de remédier.

Pour ce qui regarde la théorie, il faut qu’un Prince lise l’Histoire. Qu’il s’attache à faire de bonnes réflexions sur les actions des grands hommes ; qu’il examine ce qu’ils ont fait à la guerre, pourquoi ils ont gagné ou perdu des batailles, afin qu’imitant ce qu’il y a de bon dans leur conduite, il évite les fautes qu’ils ont faites. Surtout, qu’il s’en propose quelqu’un des plus parfait pour modèle, et qu’il fasse en cela ce que d’autres grands hommes ont pratiqué, ayant toujours devant les yeux les plus belles actions du héros dont le caractère leur convenait le plus. C’est ainsi qu’Alexandre le Grand s’inspirait d’Achille, César d’Alexandre, et Scipion de Cyrus. En effet, si vous verrez aisément que Scipion en était une glorieuse copie, et qu’il représentait au naturel, la pureté, la douceur, l’honnêteté et le généreux désintéressement que Xénophon a attribués à Cyrus.

Voilà ce que doit faire un Prince judicieux : n’être jamais oisif en temps de paix, mais agir avec industrie, pour conserver sa valeur dans l’adversité, afin que, si la Fortune venait à lui manquer, il se trouve prêt à la vaincre.

Fin Chapitre 14.

Uwizeye Jean

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