Acharnement inexpliqué à l’encontre du groupe d’experts sur la décolonisation

Uwase Laure
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La Commission du Congo veut impliquer la diaspora dans son travail. Mais La diaspora n’existe pas, souligne Walter Zinzen.
Les initiateurs de la Commission spéciale Congo / passé colonial au Parlement méritent tous les éloges et la reconnaissance pour leur entreprise, car avant de pouvoir se mettre au travail, les bosses qu’ils doivent enlever s’accumulent. Comme on pouvait s’y attendre, il pleut des critiques sur les experts nommés par le comité. Le président Wouter De Vriendt a répondu ici aux préoccupations des historiens (DS 19 août), mais il devra également faire face à des manœuvres moins sérieuses.

Le régime du président rwandais Paul Kagame, par exemple, fait déjà clairement savoir qu’il ne ménagera rien pour mettre également à l’ordre du jour de ce qui a été appelé le génocide rwandais.
Ce drame a eu lieu en 1994, plus de trente ans après l’indépendance, n’est-ce pas ? Certes, mais Kagame et sa machine de propagande prétendent que le colonialisme belge est le véritable coupable de cette hécatombe. Un beau morceau de gâteau pour la Commission du passé colonial – si elle veut s’y mettre.

Un coup de semonce

Mais peut-elle faire autre chose ? Pouvez-vous clore la période du colonialisme le jour où nos trois colonies (pour faire simple, j’appelle aussi ainsi le Rwanda et le Burundi) sont devenues indépendantes ? Non, parce que l’ère post-coloniale est aussi pleine de faits et de politiques belges qui méritent une enquête approfondie. Bien sûr, le président rwandais en est conscient.

Paul Kagame et sa machine de propagande prétendent que le colonialisme belge est le véritable coupable de ce drame.

Pour s’assurer qu’il obtient ce qu’il veut, il a donné un coup de semonce. Le Parlement de Kigali a publié un communiqué la semaine dernière dans lequel il a exprimé son indignation face à la nomination d’une dame d’origine rwandaise comme experte de la commission. Étrange, un parlement qui est en vacances et qui s’immisce dans le travail parlementaire d’un autre pays.

Quelle est la nature de la plainte ? Cette femme est avocate à Bruxelles. Elle tire son expertise, selon le site web du comité, du fait qu’elle écrit sur la région des Grands Lacs depuis dix ans et qu’elle est membre de l’organisation à but non lucratif Jambo. Selon le « parlement » rwandais et les médias rwandais (pro-gouvernementaux), elle est connue depuis des années pour son « négationnisme » (négation du génocide), tout comme l’asbl Jambo. Ce n’est pas la première fois que cette organisation à but non lucratif est la cible d’une attaque de Kigali. Nul autre que l’actuel ministre des médias, Benjamin Dalle, a eu à s’en occuper lors des élections municipales. Un candidat de la liste CD&V de Bruxelles était alors trésorier de Jambo et, pour cette raison, a obtenu la pleine couche comme « négationniste ». Dalle, président de CD&V Bruxelles, l’a formellement nié. L’association à but non lucratif est la cible d’une campagne de diffamation, a-t-il dit à l’époque, ce sont des gens qui critiquent le régime de Kagame. Il a mis le doigt sur le problème. Toute personne qui critique le régime est accusée de négationnisme. Même le 11.11.11 (Organisation non- lucratif belge pour le development) a dû quitter le Rwanda pour cette raison.

La campagne de diffamation contre l’avocate a commencé en Belgique, lorsque deux organisations pro-Kagame ont envoyé une lettre de protestation au président de la commission, M. De Vriendt, qui a été publiée dans la presse francophone. Les réactions des Rwandais vivant en Belgique sont partagées : beaucoup de gens partagent les critiques contre l’avocate, tout comme beaucoup d’autres, dont des survivants Tutsis, la soutiennent. Il n’y a donc pas de « communauté » rwandaise en Belgique et les différences dépassent ce cas précis.

43 milliards d’euros pour 424 vaches

C’est précisément ce qui met en péril le travail de la Commission spéciale. Dès le début, il y a eu de fortes demandes pour impliquer la diaspora dans le comité. Les Congolais ont été les premiers à être pris en considération. Mais la diaspora n’existe pas, ni chez les Congolais, ni chez les Rwandais, ni chez les Burundais. Dans les trois cas, il existe de profondes divergences d’opinion sur la situation actuelle dans leur pays d’origine, il y a des partisans et des opposants aux dirigeants locaux et il y a des interprétations très différentes de la période coloniale.

Et dans les trois cas, on sent l’argent. Ce n’est pas une coïncidence si l’on parle déjà de réparations. Au Burundi, le Sénat réclame 43 milliards de dollars pour 424 vaches volées au roi burundais en 1903 par le colonisateur allemand de l’époque. Les demandes adressées à l’adresse belge sont d’une toute autre nature : une contribution financière pour pouvoir accorder plus d’attention au passé colonial dans l’enseignement au Burundi, à tous les niveaux. Le Sénat burundais demande également que le passé colonial soit enseigné dans les écoles belges.

Le professeur Stef Vandeginste, qui a publié ces données dans MO*, a ajouté : « Une collaboration soigneusement réfléchie avec le gouvernement burundais est nécessaire. Les plaintes de la diaspora burundaise en Belgique doivent être traitées.

Mutatis mutandis, ce bon conseil s’applique également au Rwanda et au Congo. Collaborer avec le gouvernement local ? Avec la diaspora divisée jusqu’à l’os ? Mesdames et Messieurs de la commission : je vous souhaite beaucoup de persévérance.

Hatangimana Vainqueur

 

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