Justice France: Toujours des rumeurs infondées sur l’affaire Aloys Ntiwiragabo

400083500324_68010
  • Views 2260
  • Rating 12345

Depuis la publication de l’article de Mediapart du 24 Juillet 2020 sur Aloys Ntiwiragabo, suite à laquelle une enquête préliminaire aurait été ouverte le jour suivant par le Procureur de Paris, des incohérences à son sujet n’arrêtent pas de se relayer dans les médias.

Il a été d’abord présenté comme un clandestin et fugitif qui échappait à la justice international, on lui attribuera aussi d’autres qualificatifs indignes accompagnés de propos diffamatoires, dont d’ailleurs un a fait l’objet d’une plainte déposée par son avocat contre une journaliste Maria MALAGARDIS de Libération  pour l’avoir traité de Nazi.

Après que d’autres médias aient présenté une autre version avec  plus d’informations détaillées et vérifiables, Mediapart a sorti, le 10 Août dernier, un autre article rectifié, présentant certains faits différemment. Ils reconnurent par exemple que l’officier rwandais vivait dans la banlieue d’Orléans connue des autorités. Ils sont allés même jusqu’à évoquer des relations de bon voisinage au travers d’un témoignage recueilli lors d’investigations dans lequel une personne le cite comme étant « discret, respectueux, poli ».

Ces contradictions prouvent encore  une fois que ces propos diffamatoires sont repris et diffusés dans la presse, aveuglement, en provenance de Kigali, sans la moindre vérification.

Son  avocat a demandé à Mediapart de publier son droit de réponse, mais Mediapart  a boudé la demande.

Le droit de réponse permet, en effet,  en France à toute personne, physique ou morale, « nommée ou désignée » dans un média de faire publier sa version des faits. Mais la réponse se fait toujours attendre.

Conscient probablement des aberrations déjà présentées, ils ont certainement eu du mal à faire passer une autre version qui viendrait décrédibiliser leur thèse. S’ils étaient  sûrs de leur coup rien ne les aurait empêchés de confronter les deux versions.

Toujours suite à ces incohérences le procureur aurait décidé de faire ces propres investigations, juste avant que Kigali ne s’en mêle encore une fois en menaçant d’émettre un mandat d’arrêt comme si les allégations dont il fait l’objet dataient d’hier.

Il est à noter qu’avant la publication de l’article de Mediapart, aucune justice qu’elle soit rwandaise ou internationale  poursuivait le Général Major Aloys Ntiwiragabo.

Emettre un mandat d’arrêt 26 ans après pour une personne considérée comme l’architecte selon certains medias laisse dubitatif.

Un point particulier sur lesquelles les médiats s’attardent, c’est le fait d’avoir fondé le mouvement FDLR (Forces Démocratiques de Libération du Rwanda).

Ce mouvement est souvent présenté comme celui d’un groupe d’extrémistes Hutu animés d’une haine envers le peuple tutsi et d’une idéologie génocidaire.

Pourtant dans aucun rapport on ne citera ni situera des exactions commises par ce mouvement fondé en 2000, impliquant des massacres systématiques de la population tutsi.

Il a été plutôt fondé pour protéger les Réfugiés Hutu qui étaient harcelés par l’Armée Patriotique Rwandaise (APR)  à la deuxième invasion de la RDC par le Rwanda, alors qu’ils sont des rescapés  des massacres que l’APR a commis dans les forêts de la  République Démocratique du Congo depuis Novembre 1996, dans l’indifférence de la communauté internationale. On se rappelle toujours d’Emma Bonino, alors commissaire européenne à l’aide  humanitaire,  qui s’est rendue dans le camp improvisé de Tingi – Tingi, tentant désespérément d’alerter l’opinion internationale sur la situation humanitaire dans cette région éloignée du Congo, en vain. Après cela plus aucune autorité reconnue internationalement ne sera dérangée par leur sort.

Cela semble pourtant tout à fait logique et légitime que des refugiés s’organisent pour se défendre surtout lorsque personne n’ose lever le petit doigt pour eux.

Mis à part l’appartenance aux ex-FAR (Forces Armées Rwandaises), de certains officiers du mouvement aucun autre argument n’est présenté pour qualifier  les FDLR de génocidaires. Or l’appartenance aux ex-FAR n’est pas un crime.

Il est d’ailleurs important de rappeler que le chef d’état-major par intérim des FAR  au fort de  la guerre et des massacres, en  Avril 1994, le Général Marcel Gatsinzi, a occupé des postes parmi les plus hautes fonctions dans l’armée du FPR (Front Patriotique Rwandais), devenue par après RDF (Rwanda Defence Force). Et on devient génocidaire parce qu’on ne veut pas cautionner le mensonge véhiculé par FPR.

De plus, si le fait d’appartenir aux FDLR  était synonyme de génocidaire on voit mal comment des membres issus du haut commandement de ce mouvement auraient été intégrés dans l’armé par le FPR allant même jusqu’ ‘à occuper des postes de hautes responsabilités.

Les exemples sont nombreux mais le cas qui a été le plus médiatisé est celui du Général-Major Paul Rwarakabije ex-commandant de la branche armée des FDLR. Partant, le fait d’intégrer des membres des FDLR dans l’APR avec les grades leur conférés par les FDLR, est un signe de reconnaissance de cette organisation. En tout cas si les FDLR avaient commis des crimes pendant que le Général Paul Rwarakabije  était Chef d’Etat-major des FDLR, alors qu’il commandait même directement les Forces  sur le terrain à l’EST de la RDC, il n’aurait pas été intégré. Il est donc faux d’attribuer à quelqu’un d’autre  les crimes imputés aux éléments des FDLR.

Cela revient à dire que le fait d’avoir appartenu aux FDLR est problématique ou non  selon que l’on se plie à volonté de Kigali ou pas.

Toujours dans la précipitation, un mandat d’arrêt avait été émis par la justice belge  à l’encontre du Général-Major  Aloys Ntiwiragabo au mois de Mai 1995, sur instigation du FPR,  lui imputant arbitrairement le meurtre des 10 soldats belges de la MINUAR, au camp militaire de Kigali le 7 Avril 1994. Cela fut diffusé à  Radio Rwanda  le 31 Mai et le 1er Juin 1995.

Après ses investigations la justice belge a conclu qu’Aloys Ntiwiragabo n’était pas impliqué dans cette affaire, d’autant plus que, à ce moment-là il n’était pas encore rentré d’une mission qu’il effectuait à l’ étranger  où il s’était rendu avant l’attentat contre l’avion présidentiel qui a déclenché les massacres de centaines de milliers de civils ainsi que le meurtre de ces 10 casques bleus. Aloys Ntiwiragabo  en a été définitivement blanchi.

Les faux témoignages sont monnaie courante pour le FPR, nombreux témoins sont revenus sur leurs témoignages surtout après le procès, parfois même pendant, expliquant qu’ils ont été contraints à le faire. D’autres malheureusement ne l’ont pas avoué mais les incohérences dans leur récit laissaient perplexe.

C’est le cas d’un certain Richard Mugenzi qui prétendait connaitre très bien le Général Major Aloys Ntiwiragabo, alors qu’ils ne s’étaient rencontrés qu’à deux reprises.

Ce Richard Mugenzi est, en effet, un ex-employé de la préfecture de Gisenyi qui avait été réquisitionné par le commandement du secteur opérationnel de Gisenyi  afin d’intercepter  et traduire les messages du FPR depuis 1991.

Richard Mugenzi possédait les capacités linguistiques nécessaires pour traduire les messages du FPR interceptés par l’armée. Il parlait le Gikiga (dialecte parlé dans le nord-est du Rwanda), le Kiganda (langue parlée en Uganda) le Swahili, l’Anglais et le Français.

Richard Mugenzi était sous l’autorité directe du Commandant du Secteur Opérationnel de Gisenyi et dépendait directement de celui-ci, à 200 km de Kigali. Un centre d’écoute  a été créé pour lui.  Il interceptait les messages du FPR, puis il les traduisait en Français et donnait  le rapport  au commandant de secteur. Ensuite ce dernier les envoyait à l’Etat-major. Le G2 ne traitait que les messages sans devoir se référer à Richard Mugenzi.

Il n’existait aucun contact direct entre ce centre d’écoute et l’état-major, donc les deux personnes ne se côtoyaient jamais dans leur travail quotidien, comme Mugenzi l’aurait laissé entendre en présentant Ntiwiragabo comme son supérieur hiérarchique.

La première fois qu’ils se sont rencontrés c’était pour accompagner Richard Mugenzi  au  Ministère des Affaires Sociales où Aloys  Ntiwiragabo devait discuter avec le Ministre de la régularisation du salaire de Richard Mugenzi. En effet vu que Mugenzi avait été réquisitionné par l’armée et ne travaillait plus à la préfecture il n’était plus payé depuis par le Ministère. Cette entrevu avec Mugenzi n’aurait même duré 2 heures.

La deuxième fois ce sera dans le camp des réfugiés de Mugunga en République Démocratique du Congo où ils se sont rencontrés une fois et se sont salués tout simplement en 1995. Cela semble bien insuffisant  pour prétendre bien connaitre une personne.

D’ailleurs quelle fiabilité peut-on attribuer  à une personne qui change de version sur un même sujet lors de deux séances différentes. Devant le TPIR il affirme avoir intercepté un message du FPR se félicitant d’avoir abattue l’avion pour se contredire quelques années après.

Pour ce qui est de Valérie  Bemeriki,  un autre témoin souvent cité, elle a été condamnée à la réclusion criminelle à perpétuité au Rwanda.

Souvent en échanges d’un allègement de conditions de détention, ou tout simplement sous la torture de la  DMI, ces prisonniers émettent des fausses accusations qui leur sont suggérées, à l’encontre des personnes ciblées par le gouvernement de Kigali.

C’est le cas pour  Valérie Bemeriki, qui prétend qu’elle recevait  des messages à caractère  incendiaire d’Aloys Ntiwiragabo pour les diffuser sur les ondes de la RTLM (Radiotélévision libre des Mille Collines), alors que la seule fois qu’Aloys Ntiwiragabo a eu contact avec cette radio c’était dans la nuit du 12 au 13 Avril. C’est à l’intéressé que le Chef d’ Etat-major intérimaire de l’Armée Rwandaise, alors Colonel- BEM Marcel Gatsinzi a confié le communiqué de paix du commandement des Forces Armées Rwandaises pour l’emmener à Radio Rwanda et à la RTLM, les seules Radios  qui émettaient à Kigali. Aloys Ntiwiragabo n’a pas fait plus de 5 minutes à la RTLM.

Si le Chef d’ Etat-major ne lui avait pas confié ce communiqué il n’aurait jamais mis son pied à la RTLM. Il ne communiquait pas d’habitude avec la RTLM. Il  n’a plus communiqué avec  personne de la RTLM.

Le Commandement des FAR dont Aloys Ntiwiragabo faisait partie a par ailleurs organisé une réunion avec la Radio Rwanda et la RTLM, afin de leur demander d’arrêter l’émission des messages incendiaires et de  faire passer plutôt  des messages de paix sur leurs ondes respectives.  La réunion s’est tenue à l’Ecole Supérieure Militaire le 15 ou 16 Avril 1994. Radio Rwanda était représentée par  Jean François Nsengiyumva et la RTLM était représentée par Gaspard Gahigi. Valérie Bemeriki ne veut pas évoquer cette réunion puisqu’elle passait outre l’instruction du Commandement des FAR et continuait à émettre des messages incendiaires.

Alors qu’en 2007 elle a prétendu devant African Rights qu’elle recevait des messages incendiaires directement d’Aloys Ntiwiragabo, elle a prétendu devant  Médiapart que Ntiwiragabo les donnait au PDG de la RTLM  (sous-entendu Félicien Kabuga) dans son bureau à la RTLM et que c’est le PDG qui les donnait à son tour aux journalistes. Contradiction qui dévoile que tout n’est que montage. Valérie Bemeriki devrait reconnaître qu’elle était possédée, avec ses collègues, par un  esprit malveillant au lieu de continuer à céder aux sollicitations criminelles de la DMI et de calomnier les innocents.

Rien de tout ça ne relève d’une démarche professionnelle  ni de déontologie, aussi bien dans la recherche d’informations et investigations que dans la rédaction et publication d’articles.

Nous assistons ici à une surmédiatisation pilotée par Kigali dans un but de nuire, comme l’article du quotidien Marianne, publié le 18 septembre dernier  le démontre,  Génocide au Rwanda : comment Paul Kagame peut compter sur la presse française.

Cette surmédiatisation n’a aucune autre fin que celle de préparer les gens mentalement pour que le jugement soit fait avant l’heure dans les esprits des gens comme cela a souvent été le cas dans les affaires juridiques traitant le cas rwandais.

Encore une affaire qui risque d’être biaisée par des scoops médiatiques orchestrés par  une presse maladroite ou de connivence pour faire pencher la balance du côté du vainqueur qui  ré -écrit actuellement son histoire.

Néanmoins l’opinion publique et la communauté internationale deviennent de plus en plus conscientes des intrigues du régime du FPR, ce qui pourrait contrebalancer cette instrumentalisation de la presse, comme le souhaiterait des gens sensés  et de bonne foi.

Segruei Migambi

 

 

Print Friendly, PDF & Email
Share on FacebookTweet about this on TwitterEmail this to someone

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *